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Eglise (suite)

Françoise, adhérente à notre association, nous offre ce joli poème sur notre vieille église. Elle vient de publier un nouveau recueil de poésies : Entre Haine et Amour.

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(A la manière de Charles Péguy d’après « Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres »)


Berceau du Dieu-Vivant, voici le lourd manteau
Et la marée mouvante et les vignes verdies
Et les vagues feuillues et nos caves remplies ;
Voici Votre Regard sur ce riants coteaux !

Et voici Votre Voix sur ces vertes vallées,
Et les hommes perdus et leurs cœurs désœuvrés ;
Voici le long de nous, nos mains désenchantées,
Et notre indifférence et notre ardeur bafouée !

Berceau du Dieu-Enfant, Mystère de la Vie,
Voici que nous marchons vers Votre Immense Gloire ;
Et voici l’étendue de notre juste espoir,
Et voici les sarments de nos douleurs enfouies !

Un soupir erre et vole au-delà des nuages.
Les toits couleur fauve font comme une couronne
Au clocher de pierres qui le soir s’abandonne
A l’église endormie comme un cœur d’enfant sage !

Ainsi nous louvoyons vers votre humble chapelle.
De loin en loin dérive un radeau de verdure,
Taillis enchâssés qui, entre les rangs murmurent
Et dansent au vent léger comme mains fraternelles !

Deux mille ans de souffrance ont fait de ce vignoble
Une terre d’amour aux hommes d’aujourd’hui.
Mille ans de Votre Esprit ont fait de ces soucis
Un autel d’espérance aux âmes les plus nobles !

Vous nous voyez venir par les routes sans fin,
Tout boueux, tout usés, le vent dans les cheveux,
Accrochant les cailloux sur les chemins poudreux.
Le goudron délavé est notre seul jardin !

Ainsi, nous allons tous, bras ballants, mains serrées,
Les yeux tournés vers Vous, vers votre antique seuil,
D’un pas de communiants, sans fièvre ni orgueil,
Des vignes délicates aux bosquets ombragés !

Ainsi, Vous attendez que nos pas nous conduisent
Vers Votre Autel Sacré, lent troupeau désinvolte.
Voici vingt siècles échus, vingt siècles de révolte,
À l’heure du Berger que le Vilain s’épuise 

Croyant briser le lien qui chaque jour se tisse
Entre nos cœurs indignes et Votre Cœur si bon :
Nos cœurs si impatients de Votre Grand Pardon !
Sommes-nous oublieux de Votre Sacrifice ?

Nous sommes nés pour Vous au pied d’un cep de vigne,
Entre les bras câlins de notre pieuse Sèvre ;
Et ses douces rives ont sculpté comme un orfèvre
Un chapelet de joie pour Vos Faveurs Insignes !

Nous sommes nés au pied des vignes aux lourds raisins,
Dans la vieille cité où dorment nos aïeux,
Et la Sèvre assoupie aux abords capricieux
N’est là que pour charmer l’agonie des moulins !

Nous sommes nés au pied de vos coteaux vineux,
Et nous avons connu dès l’âge du babil
Les chevaux dans les champs, les vignerons habiles
Et l’odeur du vin frais et les houes et les bœufs !

Nous sommes nés au pied de vos vineux coteaux,
Et nous avons connu dès nos premières larmes
Tous les désirs secrets d’une terre qui charme
Et qui crève nos cœurs en ses printemps nouveaux,
D’une terre qui s’ouvre avec parcimonie,
Chérie comme un enfant, grave comme La Loi,
Ravie comme un été, fermée comme un ciel bas,
Emue comme un sillon et gaie comme la vie !

Un homme du pays, de La France profonde
A glorifié ici, en extase mythique,
A l’ombre du clocher des Templiers mystiques,
L’Amour d’un Dieu-Uni : Flambeau de notre monde !

Voici hommes hésitants votre Maison Pascale :
Le rempart le plus fort qui soit jamais bâti
Pour la Paix Partagé entre les ennemis,
Et le plus sûr asile à vos âmes vassales !

Un homme de chez nous ici a glorifié
Depuis les pierres écrues jusqu’aux feux des vitraux,
Plus beau que l’arc-en-ciel, plus beau qu’un chant d’oiseau,
L’Amour de Dieu-Fait-Homme et qui vient nous sauver !

C’est la gerbe de blé qui donne Pain de Vie :
Elle ne faillira point face aux rides du temps,
Elle ne cèdera point aux caprices du vent ;
C’est Votre Volonté et Votre Eucharistie !

C’est la grappe et le grain qui resteront fidèles
Aux larmes immaculées de la Vierge Marie,
A la croix du martyr que le prêtre bénit :
C’est Votre Obéissance à la Vie Éternelle,

C’est la Croix du Salut et la Croix du Bonheur,
La plus digne oraison qu’on ait jamais donnée,
Le plus pur Angélus qu’on ait jamais chanté,
Et vers un Ciel de joie, la Grâce des malheurs !

C’est la Vie sur la Mort et la Résurrection,
L’aube d’un jour nouveau à jamais glorieux,
L’âme enfin apaisée, le cœur fier et joyeux :
Tout est Félicité, Amour et Séduction !
Nous arrivons vers Vous de la verte Vendée,
Délaissant nos marais alanguis de l’été,
Et les sables brûlants, le Gois et Noirmoutier,
Et nos maigres troupeaux et le bocage ouaté !

D’autres viendront vers Vous du Poitou si lointain,
Délaissant les pacages et les brumes austères,
Et Poitiers l’enjôleuse aux ruelles de pierres.
D’autres viendront vers Vous du plaisant Limousin !

Nous arrivons vers Vous d’un pays de campagne,
Où le sel de la mer y dépose ses grains,
Et les grands goélands, le bleu du ciel marin.
Nous arrivons vers Vous de l’Altière Bretagne,

De Nantes émerveillée qui se mire en La Loire,
De Rennes et de Morlaix et du Mont-Saint-Michel,
De Brest la pleureuse aux écrins de dentelle,
Et tout le Morbihan, la Mer et son miroir

Où l’âme des noyés dans sa quête expiatoire
Volète au fil des flots, attendant résignés
Que la main de Justice au Jugement Dernier
Les mettent à Votre Droite au sein de Votre Gloire !

Nous arrivons vers Vous du pays de Bellay :
C’est le commencement du jardin merveilleux,
Entre vignes et fleurs, forêts et champs radieux,
Entre les châteaux-forts et les manoirs coquets

Où coulent paresseuses et La Loire et La Maine,
Inquiétantes et hardies dans leurs débordements.
Le sable se fait traitre aux bateaux navigants.
Nous arrivons vers Vous de l’Anjou et du Maine !

Mais c’est toujours La France, appauvrie ou aisée,
Le pays des champs lourds et des plages dociles,
Le pays des vallées et des neiges fragiles,
Le pays des eaux douces et du vin et des blés !

Et comme Jésus-Christ le Très Saint Rédempteur,
Que Sainte-Radegonde et Saint-Louis le très pieux
Intercèdent pour nous et nous conduisent aux cieux !
Gardez-nous près de Vous ! Soyez Notre Sauveur !


Françoise PINEAU-MONBAILLY

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